POUR CONNAÎTRE L’AUTEUR

 

René Ouellet, écrivain 

 

1-Notice biographique

2-Réponses aux questions
   fréquemment posées :

  2.1-où écrivez-vous?

  2.2-quand écrivez-vous?

  2.3-comment écrivez-vous?

  2.4-faites-vous un plan avant d’écrire?

3-Extraits d’une entrevue accordée
   le 31 mai 2007

 

 

 

 1-Notice biographique

Joseph, Roland, René Ouellet, fils d’Aurore Drolet et de Majella Ouellet nait à Saint-Raymond de Portneuf, le 4 mai 1941.

Après des études primaires au Collège Saint-Joseph de Saint-Raymond, il entreprend son cours classique.

Après avoir débuté ses études au Séminaire Sainte-Croix (Éléments à Rhétorique), à ville Saint-Laurent, il poursuit ses Philosophies au Petit-Séminaire de Québec où il reçoit son baccalauréat ès arts. Par la suite, il obtient une « license en droit » à l’Université Laval de Québec. Admis au Barreau du Québec en 1966, il exerce la profession d’avocat à Québec dans le cabinet Bhérer-Masson-Juneau-Bernier-Côté & Ouellet. En 1989 cette étude légale se fusionne avec la firme Grondin-Lebel & associés pour devenir Grondin-Poudrier-Bernier, Me Ouellet devenant associé senior dans la nouvelle entité.

Pendant ses dernières années à titre d’avocat, René Ouellet occupe une partie de ses loisirs à la création littéraire.

En 1991, il est nommé juge administratif auprès de la Commission d’Appel en matière de Lésions Professionnelles (CALP), organisme décidant en dernier ressort des litiges reliés aux accidents du travail et aux maladies professionnelles.

Cette même année, il publie son premier roman LE CHEMIN DU PRINTEMPS aux Éditions La Liberté. En 1992, ce roman d’aventure à caractère psychologique est recommandé par Communication-Jeunesse qui souligne les valeurs qui y sont véhiculées, particulièrement « dans leur transfert aux générations montantes ». En 1993, l’auteur se voit décerner, à Paris, le prix littéraire français Saint-Exupéry-Valeurs-jeunesse (Francophonie). En 1994, l’auteur est choisi par l’Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ) pour faire partie de la Tournée des écrivains dans les écoles du Québec.

Malgré ce prix littéraire, René Ouellet affirme ne pas avoir spécifiquement écrit pour les jeunes : selon lui, ce roman s’adressait particulièrement aussi aux gens éprouvant des difficultés à passer le cap de la quarantaine! Cependant, même si la littérature jeunesse s’est « approprié » en quelque sorte son premier roman, l’auteur ne s’en plaint pas, son ouvrage ayant séduit plus de 15,000 lecteurs.

Parallèlement à son travail de juge, modifié partiellement en 1998, quand des membres paritaires se sont joints au tribunal, celui-ci étant devenu La Commission des Lésions Professionnelles (CLP), René Ouellet continue à écrire dans ses temps de loisirs.

En 1997, il participe à un premier collectif de nouvelles intitulé DE LUNE À L’AUTRE aux Éditions Arion.

En 2000, il signe cinq nouvelles dans un second collectif PROMENEUR DE VILLES, PROMENEUR DE VIES aux Éditions Terres Fauves. Le journaliste Laurent Laplante a réservé un accueil enthousiaste à ce recueil lors d’une émission à Radio Canada. Il ne faut pas se surprendre que sa nouvelle Le Hangar ait été reproduite par Guérin, éditeur spécialisé dans les livres scolaires, dans sa collection « Pivot », à titre de modèle pour les élèves.

En 2005, après plus de 12 ans de travail, l’auteur, qui s’était donné comme mission de transmettre aux générations montantes les actions et gestes de « ceux qui étaient passés avant eux, souvent des héros oubliés par la petite histoire» dépose chez Les Éditions Hurtubise HMH ltée une trilogie complétée comportant plus de 1200 pages : LE SENTIER DES ROQUEMONT.

Le 10 octobre 2006, Les Éditions Hurtubise HMH ltée publie le second roman de l’auteur, Les Racines, premier tome de la trilogie LE SENTIER DES ROQUEMONT, dont la trame se passe au Québec, principalement à Saint-Raymond de Portneuf, débutant en 1936 pour se terminer en 1951.

En juillet 2007, plus de 30,000 lecteurs de tous âges ont été séduits par ce récit, attendant la suite avec impatience.

Le second tome de la trilogie, LE SENTIER DES ROQUEMONT, Le Passage du flambeau, dont l’action se situe entre 1951 et 1976, est actuellement sous presse et sera mis en marché à la fin d’août 2007.

Le troisième tome de la trilogie est prévu pour le début de l’année 2008.

Cette fois, la critique reconnaît que, dans cet ouvrage, « pendant que les jeunes apprennent, les plus âgés se souviennent… »

Membre de l’U.N.E.Q. depuis 1992, René Ouellet a pris sa retraite comme juge administratif en début de l’année 2007. À titre d’avocat, il ne fait aucune promesse, mais comme écrivain, il prépare des surprises pour 2009 et 2010…

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2-Réponses aux questions fréquemment posées

2.1 Où écrivez-vous?

huile de Céline de Champlain illustrant le vieux camp du lac JolicoeurEn fait, je peux écrire n’importe où, mais ce n’est pas très pratique. Il m’arrive à tout instant d’avoir des idées d’écriture et je prends des notes, mais ce n’est pas ça écrire. Tout dépend aussi de l’écrit sous étude : une simple nouvelle demande moins de temps et peut être écrite souvent sur le bout de la table, quitte à y faire des retouches. Disons que ma réponse vaut surtout pour un roman d’envergure, comme LE SENTIER DES ROQUEMONT, qui comporte finalement plus de 1,000 pages. J’ai essayé toutes sortes de manières et d’endroit. Disons que pour élaborer une trame, il me faut un endroit calme et retiré où je n’ai pas de distractions. J’ai le choix entre ma résidence et mon camp en forêt situé sur les rives du lac Jolicoeur. Ainsi la réponse que les gens aiment entendre est la suivante : « J’écris à mon camp du lac Jolicoeur! ». Il s’agit là d’une demi vérité. D’un part, il est vrai que j’y ai concocté le plan, les grandes lignes de la trame et certaines corrections. D’autre part, quand j’ai entrepris d’écrire le récit complet, ce fut dans ma résidence. Là, assis à mon bureau, j’écris directement à l’ordinateur, près de mes outils de recherche, dictionnaires, chronologies historiques, dossiers thématiques, etc.. Aucun bruit, aucune musique, porte fermée, pleinement concentré. Ça fait peu glamour, mais c’est très efficace. Là, je peux facilement entrer dans la peau de mes personnages.

En fait, le plan initial de mon roman a été élaboré dans le vieux camp du lac Jolicoeur. Les corrections et révisions ont eu lieu dans le nouveau camp du lac Jolicoeur, tout le reste ayant été rédigé à ma résidence.

 

2.2 Quand écrivez-vous?

J’ai essayé toutes sortes de moments. De longues périodes, de courtes, le matin, l’après-midi, le soir, les fins de semaine, etc… Chacun trouve sa manière. Mais dans mon cas, je compare cela à un mangeur. La personne normale va dire : « je mange aux heures des repas »… Dans le fond, il ne faut jamais, sauf exception dans une passe, si on peut dire, de survoltage où l’imagination est exceptionnellement fertile, écrire jusqu’à être exténué : il faut arrêter avant, soit toujours se garder « l’appétit d’écrire ». Ceci étant dit, comme je suis matinal, je débute tôt le matin, mais avoir pris un bon déjeuner et quelque temps de repos.. J’arrête à 10h30 pour un breuvage ou une légère collation. J’essaie de manger aux heures régulières. Après uns sieste, je recommence. Repos vers 15h30 et collation. Et ainsi de suite. Mais, depuis plusieurs années, je n’écris jamais le soir. J’ai souvent dérogé à ces règles et j’en ai payé le prix. Je ne connais pas véritablement le phénomène de la « page blanche ». Mais quand je sens la fatigue me gagner, j’arrête immédiatement. Il peut se passer des jours et des semaines avant que je ne retrouve « l’appétit d’écrire »… Et cela fonctionne…

 

Nouveau camp du lac Jolicoeur2.3 Comment écrivez-vous?

Des écrivains disent qu’il écrivent à la longue main, à la plume, etc… J’ai déjà dit que j’écrivais à l’ordinateur. Mais il m’arrive parfois d’écrire à la plume, une description, quelques phrases, même des textes assez longs, mais c’est quand je suis privé de mon ordinateur. Car, avec l’ordinateur, comme mes fichiers sont préparés à l’avance (comme de la peinture à numéros), je dépose mon écrit immédiatement au bon endroit dans la chronologie des événements.

 

 

 

2.4 Faites-vous un plan avant d’écrire?

Vous vous doutez bien après mes premiers propos que je procède avec un plan. Mais il y a toutes sortes de plans : détaillés ou de simples ébauches. Pour tout vous dire, dans une saga à caractère historique comme celle du SENTIER DES ROQUEMONT, je ne crois pas qu’un seul écrivain puisse réussir l’exploit de tout retenir, événements, dates, trames multiples et croisées, agissements des personnages, naissances, maladies, décès, thèmes récurents, etc…, sans confectionner au préalable un plan relativement détaillé. Cela peut se faire, mais au prix d’erreurs lamentables et surtout de retouches illimitées qui vont donner des maux de têtes aux correcteurs et peut-être amener un éditeur à refuser le manuscrit. Comme la trilogie se passe de 1936 à l’an 2000, je dois vous avouer que j’ai divisé mes fichiers informatiques par année, soit de 1936 à 2000 inclusivement. Ainsi, quand je trouvais un événement digne de mention qui se passait, par exemple, en 1945, j’aillais le placer immédiatement à l’année 1945. Ensuite, chaque année était divisée en 12 mois, de telle sorte que je me retrouvais à la journée près. Bien entendu, pour écrire une simple nouvelle, je n’ai pas besoin de plan, mais d’un synopsis rapide des divers éléments à inclure.

Mon plan de travail accroché au mur.

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3-Extraits d’une entrevue accordée par l'auteur le 31 mai 2007 (note 1)

Photo de famille, lac Charlot 1943, Majella Ouellet, Aurore Drolet, Jean-Guy, Gilles, Jean-Marc et René 3.1) Vous avez exercé la profession d’avocat durant quelques années avant d’être nommé juge à la Commission des lésions professionnelles. Qu’est ce qui a motivé votre choix de devenir écrivain ?

Une carrière dans le domaine du droit permet de grands accomplissements au niveau personnel. Elle permet aussi d'être confronté à toute la gamme des émotions que les gens vivent au quotidien. En ce sens un avocat et un juge sont des personnes qui ont un accès privilégié à des éléments qui sont de nature à bien cadrer dans des récits romanesques. Les règles imposées aux praticiens du droit ne permettent pas de s'arrêter aux aspects émotionnels, une objectivité sans faille devant être respectée en tout temps, ainsi que le secret professionnel. En d'autres mots, la fiction permet de dire des choses qui autrement ne pourraient être dites. Il suffit d'avoir des choses à dire et de bien savoir transmettre au lecteur les émotions. Pour moi, ce fut un cheminement naturel, devenant un passe-temps important.

En mars 2007, j'ai pris ma retraite à titre de juge administratif, conservant toutefois mon droit d'exercice à titre d'avocat. Il est clair cependant que ma situation est devenue l'inverse de celle qui prévalait, c'est à dire que ma carrière d'écrivain a maintenant pris le dessus.

 

3.2) En 1991, vous avez publié « Le Chemin du printemps » puis 2 ans plus tard, vous avez remporté le prix littéraire français Saint-Éxupéry-Valeurs-jeunesse pour la Francophonie ? Que représente pour vous cette distinction?

Cette distinction a été un élément marquant dans ma poursuite de l'écriture. A mon premier roman, je venais de gagner un prix prestigieux au niveau international! Malgré que LE CHEMIN DU PRINTEMPS avait été écrit dans la perspective de donner des réponses aux adultes confrontés à la crise de la quarantaine, je me suis vu attribuer un prix relié aux valeurs jeunesse: ce fut pour moi une heureuse surprise.

Alors que j'hésitais à me lancer dans l'aventure du SENTIER DES ROQUEMONT, parce que je savais à l'avance qu'il s'agissait d'un travail de titan, ce prix m'a donné le courage de me mettre à la tâche. Il faut dire que je prenais des notes à ce sujet depuis mon cours classique, alors que j'avais 20 ans…

 

3.3) Votre dernier roman historique « Le Sentier des Roquemont » est une saga de 3 tomes dont l’action se déroule à Saint-Raymond. Il est basé en partie sur des événements familiaux où se côtoient personnages réels et fictifs. L’œuvre présente la vie quotidienne de l’après-guerre en y ajoutant les joies et désillusions de nombreux personnages. Quel personnage affectionnez-vous le plus ? Et pourquoi ?

Je veux d'abord apporter une correction et une précision utiles, quant au présent préambule: la trame des trois tomes (qui sont tous écrits) débute en 1936 pour se terminer en l'an 2000; le premier tome "Les racines" se terminant en 1951, ce qui couvre donc quelques années avant la guerre et qui comprend toute la période de la guerre.

Poser ces questions à un écrivain est comme demander à un père ou une mère lequel de ses enfants est son préféré… Il faut dire que, dans une telle saga, tous les personnages sont importants et généralement aucun ne peut être retiré du récit sans débalancer l'ensemble de l'ouvrage. Aussi, un personnage peut tirer sa force en raison de ses relations avec d'autres plus faibles. Ces restrictions étant posées, il est évident que Majella Roquemont, le principal acteur du récit est mon préféré. J'ai voulu mettre en lui les valeurs de courage, d'honnêteté, de détermination, d'empathie que l'on devrait trouver chez tous les gens d'honneur, surtout lorsqu'ils sont en situation d'autorité. La raison de ce choix est que celui que tous appellent " Majel" constitue le fil conducteur de toute l’intrigue. Comme vous le savez sans doute déjà – sinon vous l'apprendrez très vite – la plupart de mes personnages principaux ont été créés à partir de personnes vivantes, ayant déjà habité à Saint-Raymond, dans le comté de Portneuf, soit ailleurs. D'ailleurs plusieurs sont encore vivantes. Le personnage principal a été fortement inspiré de l'histoire de mon père, Majella Ouellet. Sans lui, ce roman n'aurait pas vu le jour, du moins, dans sa forme actuelle. Il ne s'agit cependant pas d'une biographie,

Mais vous verrez quels autres personnages intéressants entourent "Majel"! Parmi ceux-ci, je m'en voudrais de ne pas mentionner les suivants: Anna, femme de caractère qui devient son épouse; Louis Gauvreault (Tinomme) fidèle compagnon et adjoint; Bruno, le comptable, son cousin conseiller et ami; Marsan, le dévoué et très impliqué médecin du village; Zotique, l'original photographe et homme d'affaires; Donaldson, l'arpenteur-géomètre; Walsh, le pilote de brousse; Pampalon, le maquignon; mademoiselle Evangéline, l'organiste; Mondor, le maître-chantre; Wilkey, l'industriel, le Frère Mark, enseignant, etc…

 

3.4) Cette saga raconte la vie quotidienne d’un Québec aujourd’hui révolu, aux métiers disparus, aux coutumes oubliées, aux mœurs désuètes où les gens découvraient l’automobile, les allocations familiales, la motoneige mais également un Québec frileux encore dominé par la minorité anglaise. Comment avez-vous vécu personnellement cette période ?

Je n’ai vécu qu’une partie de cette période. Tel que mentionné, le tome I, Les Racines, se termine en 1951. Comme je suis né en 1941, mes premiers souvenirs débutent approximativement en 1944. Je me souviens que, pendant la guerre, dès qu’un avion grondait dans le ciel, nous devions nous cacher. Je me souviens que, pendant la période de rationnement, j’aidais ma mère à battre le beurre pour le mélanger avec du lait et ainsi faire 2 livres avec une seule. Et autres souvenirs du même genre.

Devenu plus conscient, j’ai écouté toutes les histoires que l’on racontait sur les conscrits que mon père avait cachés. Devenu adulte, j’ai pu mieux comprendre les motifs de ses agissements en raison des promesses brisées des politiciens qui avaient juré qu’il n’y aurait jamais de conscription.

En résumé, je peux dire qu’une personne attentive aux événements (ce qui a été mon cas en raison de ma mère qui nous tenait au courant de tout et qui nous avait appris à lire, à écrire et à compter avant de commencer d’aller à l’école) née en 1941, se trouve à avoir été un témoin stratégiquement bien situé, non seulement en raison des événements réellement vécus, mais aussi des récits qu’elle a entendus venant des plus âgés. Il faudrait écrire un livre seul sur les changements technologiques survenus depuis le début du siècle, ce qui s’avère effarant à titre d’impact psychologique sur les individus. Quand je suis allé étudier à Montréal en 1954 je devais prendre le train à Pont-Rouge, soit la machine à vapeur! Mes enfants doutent encore de cette affirmation… Être un témoin de l’histoire a été un privilège. Avoir reçu le don de pouvoir la raconter en est un second!

 

3.5) L’écriture a nécessité plus de 10 ans de travail. Quelles démarches avez-vous dû entreprendre pour y parvenir ?

En somme, j’ai dû exercer pratiquement deux professions en même temps, ce qui a été exigeant à tous points de vue. Pratiquement tous mes loisirs ont été passés à la recherche, à la réflexion et à l’écriture du SENTIER DES ROQUEMONT. Le pari était risqué. Mais l’accueil du public lecteur pour le tome I a été à ce point enthousiaste, que j’ai presque oublié toutes les sueurs et anxiétés de cette période de labeur.

Pour parvenir à ce résultât, il m’a fallu suivre une discipline digne d’un spartiate. Ainsi, quand j’avais des congés, je prenais toujours les 2 premiers tiers pour le roman et le dernier tiers pour le repos. Pendant les fins de semaines ordinaires, je planchais sur le roman le samedi, me réservant le dimanche pour le repos.

Il m’est aussi arrivé fréquemment de souffrir d’insomnie et de travailler la nuit. Dans les dernières années toutefois, je me suis refusé à poursuivre de la sorte, me contentant, à l’occasion, de prendre des notes.

 

3.6) Vous vous êtes inspiré de votre père Majella pour écrire ce livre. Quel meilleur souvenir gardez-vous de votre père ?

Majella Ouellet et Aurore Drolet, sur un chantier en 1939

« Les retours du chantier, au début du printemps! » Dans le tome I je décris ces retrouvailles qui remplissaient la maison de joie : notre mère nous lisait la missive habituelle écrite sur une écorce de bouleau (car notre père avait le sens du théatre) qui mentionnait la date de son arrivée; ensuite notre mère nous astiquait de la tête aux pieds comme si nous avions été des pièces d’argenterie; comme nous ne tenions pas en place de toute la journée, excités que nous étions, elle nous mettait du Wave Set dans les cheveux pour être encore bien peignés à l'arrivée de notre père; seul notre grand frère, Gilles, avait le droit d’aller à sa rencontre à bicyclette, à l’entrée du village (il faut bien avouer ici que nous ne possédions qu’une bicyclette pour les 6 enfants de la famille); avec ses amis, notre grand frère revenait à la maison à la fine épouvante, alors qu’ils criaient tous « Ils arrivent! Ils arrivent! Le chantier de monsieur Majel arrive! ». À ce moment, nous avions le droit de sortir et, tout fiers, devant nos amis et les personnes des alentours sur le pas de leurs portes, nous regardions défiler la vingtaine de chevaux, qui, au pas fatigués, tiraient les bobsleighs repliés en deux, avec les hommes assis sur les paquetons; sur la pointe des pieds nous cherchions du regard la monture ou se trouvait le jobber, notre père, Majel, qui, comme un capitaine de bateau, était toujours le dernier à fermer la marche; pendant que mon père, le seul à agir de la sorte, donnait les guides à son second et arrêtait devant la maison, nous courrions nous jeter dans ses bras; il nous soulevait alors un à un devant tous, nous faisant une embrassade avec sa barbe piquante de quelques jours, pendant que maman, sur la galerie, attendait son tour en versant des larmes de joie; puis, papa s’assoyait dans la grand chaise du salon, alors que maman lui apportait à boire et que nous nous chamaillions pour savoir qui serait le plus rapide à lui délacer les bottes; immanquablement, même s’il sortait de la forêt, notre père avait toujours un cadeau pour chacun de nous dans le fond de son pack-sac… Après le repas, ma mère lui faisait couler un bain chaud… Curieusement cependant, ce n'est que dans les jours suivants que nous avions droit au récit palpitant des péripéties de son dernier voyage en forêt…

 

3.7) Si vous deviez réécrire une partie de l'histoire québécoise, laquelle réinventeriez-vous et pourquoi ?

Pour me prêter au jeu, je peux simplement dire qu'il serait intéressant de savoir ce que serait le Québec actuel si les Français avaient gagné la bataille des Plaines d'Abraham en 1759.

Le Canada serait peut-être entièrement français, de l'Atlantique au Pacifique! Un tel pays s'appellerait peut-être le Québec! Une confédération aurait peut-être été créée avec les Etats-Unis et nous aurions peut-être les mêmes problèmes que nous avons de nos jours à faire respecter le partage des pouvoirs par le présent gouvernement fédéral!

S'il n'y avait pas eu l'union du Bas-Canada et du Haut-Canada, le Québec serait aujourd'hui probablement un pays unilingue francophone possédant entière juridiction dans tous les champs de compétence d'un pays souverain! Le Québec aurait pu devenir tout aussi bien par la suite un autre état américain!

Pour réinventer cette histoire, il n'aurait fallu qu'un simple événement fortuit, soit une période de gel précoce entre le 1er et le 13 septembre 1759, date de la bataille décisive et fatale sur les Plaines d'Abraham.

En effet, les Anglais avaient envahi le St-Laurent le 26 juin 1759 et toutes les tentatives de prendre la ville fortifiée avaient échouées ou n'avaient pu être menées à terme. Au point de vue tactique, les Anglais ne possédaient en réalité que quelques jours additionnels pour lancer une attaque sur Québec, les conditions de gel devenant un incontournable devant les forcer à plier bagages.

Donc, si je la réinventais, cette bataille, ce serait pour le simple plaisir d'écrire une fiction. Car nul ne sait vraiment comment les choses auraient tourné par la suite. Les Anglais, forts d'une expérience manquée, auraient pu revenir plus forts dans les années suivantes!

J'aime beaucoup l'histoire en général et celles du Canada et du Québec en particulier. Comme l'histoire d'un pays est le résumé des événements qui ont façonné un territoire et la manière de vivre de ses habitants, lesdits faits marquants ayant été généralement causés par des agissements volontaires et d'autres involontaires, et souvent en raison du hasard ou d'une méconnaissance de certains faits essentiels lors de prises de décisions, il faut donc avoir un grand respect des conséquences des décisions prises et des actions posées sur une longue période dans le temps. Personnellement, j'aimerais mieux partir de ce qui existe actuellement au Québec et tenter de prédire comment il faudrait agir pour que les choses changent. Nous venons de vivre un moment historique au Québec alors que les trois principaux partis politiques sont au coude à coude. Ce qui signifie aussi un impact à court terme sur le mandat que les électeurs du Québec devront donner à leurs représentants au niveau du gouvernement canadien, soit à la Chambre des Communes à Ottawa! Je crois qu'il s'agit d'une période qui s'annonce palpitante à vivre! Imaginez: deux gouvernements minoritaires, l'un à Québec, l'autre à Ottawa!

Mais ce n'était pas la question posée...

 

3.8) Certains journalistes vous inscrivent dans la lignée des grands romanciers conteurs québécois dont la plupart sont des femmes telles qu’Arlette Cousture, Francine Ouellette, Marie Laberge. Vous retrouvez-vous dans cette lignée ?

Un telle assertion est flatteuse en ce qu'elle assimile mes ouvrages à ceux d'une constellation d'écrivaines remarquables. J'aimerais être classé dans une telle lignée! Je préfère cependant que ces rapprochement soient faits par d’autres personne que moi, journalistes, critiques littéraires, éditeurs, lecteurs…

Le plus loin que je puisse aller est de citer un lecteur averti qui m’a affirmé que LE SENTIER DES ROQUEMONT était un roman constituant une sorte de "FILLES DE CALEB INVERSÉE", en ce sens qu'il décrivait davantage les émotions des hommes dans un cadre historique analogue.

 

3.9) Quels récits ou quels auteurs ont le plus influencé votre imaginaire ?

Les auteurs: Victor Hugo, Jules Verne, Emile Zola, Guy de Maupassant, Louis-Ferdinand Céline, Ringuet, Louis Hémond, Félix-Antoine Savard, Germaine Guèvremont, Felix Leclerc, Agatha Christie, Daphnée Dumaurier...

Il faut dire aussi que, au delà de ces auteurs dont les œuvres principales m'ont réellement marqué, il y a eu des romans jeunesse dont je n'ai pu retrouver les noms des auteurs, comme dans la série Signes de pistes et Biggles…

Le cinéma et les bandes dessinées de certains quotidiens ont grandement contribué à développer mon imagination.

Au risque de passer pour un inculte, j'affirme que des films (ou bandes dessinées) tels que Zorro, Robin des bois, et autres semblables, alors que le héros défend la veuve et l'orphelin dans l'honneur et le respect des valeurs, peut autant développer l'imagination, sinon plus, que la lecture de certains auteurs classiques.

 

3.10) Dans votre entourage, qui est votre premier lectorat avant publication ?

J'ai toujours procédé de la même manière, ne me limitant pas à mon entourage, mais l'incluant. Mes premiers lecteurs sont mon épouse, mes enfants, et quelques parents proches.

Même si ces personnes sont instruites et des lecteurs et lectrices aguerris, je déborde de ce cadre.

Par exemple, pour LE SENTIER DES ROQUEMONT, il faut dire que sur dix ans, j'ai rédigé pas moins de quatre versions, ajoutant, retranchant, modifiant, peaufinant…A chaque version, le roman était lu par mes proches et quelques connaissances ayant des qualifications dans le domaine de l'écriture. Cependant la dernière version a été soumise à un ensemble de 15 personnes à qui j'ai posé les 25 mêmes questions et qui y ont répondu par écrit.

Cet exercice m'a permis de procéder aux ajustements qui s'imposaient pour en faire un ouvrage qu'un éditeur ne pourrait refuser.

 

3.11) A quoi travaillez-vous en ce moment ?

En ce mois de mai 2007, je suis en train de réviser la version finale format "papier" que m'a transmise mon éditeur pour la parution du Tome II du SENTIER DES ROQUEMONT qui sera publié en août prochain.

En octobre 2007, je ferai le même exercice pour le Tome III qui sera publié au début de l'année 2008.

Ensuite, viendra un recueil de nouvelles, lequel est prévu pour décembre 2008.

Pour la suite des choses, je suis en discussion avec mon éditeur pour un autre roman qui pourrait voir le jour en 2010. Entretemps, interviendra une ré-édition et une traduction en anglais du roman LE CHEMIN DU PRINTEMPS, lequel est épuisé depuis plusieurs années.

 

3.12) Pour terminer, quel message voudriez-vous lancer aux lecteurs  ?

En écrivant LE SENTIER DES ROQUEMONT, je me suis donné comme mission de transmettre aux générations actuelles et futures un assortiment incontournable de contes et de faits vécus au cœur du Québec depuis le début de l'époque moderne.

Après avoir relu TRENTE ARPENTS, MARIA CHAPDELAINE, MENAUD MAÏTRE DRAVEUR, PIED NUS DANS L'AUBE et LE SURVENANT, je me suis dit que le contenu du SENTIER DES ROQUEMONT constituerait une sorte de complément à ces ouvrages phares de la littérature québécoise. A vous de vérifier si je me suis fait des illusions. Dans tous les cas, faites-le moi savoir en m'écrivant un courriel...

 

3.13) René Ouellet en 5 questions :

3.13.1) Le métier que vous rêviez d’exercer enfant ?

Enseignant

3.13.2) Le moment de la journée que vous préférez ?

Le matin

3.13.3) Votre destination de rêve ?

Mon intérieur

3.13.4) Quelque chose qui vous fait rire ?

Des petits vieux qui se prennent pour des jeunes!

3.13.5) Le plus beau cadeau que vous ayez reçu ?

L'appétit de tout

© René Ouellet, 2007 "tous droits réservés"

 

 

 

note 1 : Entrevue accordée à Québec-Loisirs

 

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